Le son des forêts

Projet en cours


Entrer dans une forêt, c’est entrer dans une matière dense, vivante et extraordinairement complexe… Celle dans laquelle je veux vous compter mon histoire se trouve sur le Mont Touleur dans la Parc Naturel Régional du Morvan et elle est aujourd’hui menacée par l’exploitation agricole du bois, comme tant d’autres. L’idée de la perdre peut-être un jour germe en moi et se fait de plus en plus présente. Car c’est avec elle que mon intérêt pour les arbres est née et a grandi en moi, que j’ai développé un sens de l’écoute et de l’observation de la forêt. Ses lumières et ses ombres sont imprimées dans mon œil. Aujourd’hui, je veux mettre en lumière cette forêt qui m’a vu grandir, à travers l’histoire de mon petit frère qui y a construit tant de cabanes, de jeux, de souvenirs et d’histoires.
En suivant Gustave dans ses aventures, émerveillée par ses jeux et son vocabulaire, j’ai commencé à capter des images et des sons de son terrain de jeu, de ce territoire personnel qu’il se créait dans cet espace démesuré. A l’époque, il imaginait des Haïkus, poèmes japonais très courts, que j’enregistrais. De mon côté, je parcourais les environs de la maison familiale à la recherche d’histoires courtes, d’images, de matière. Je cherchais à créer du lien entre les textes de Gustave, mes propres mots, et mes photographies. Pour essayer de rendre compte de cet espace, de ce qu’il s’y jouait, entre ce petit corps d’enfant et l’immensité verte, les mots jetés dans les airs…pour essayer de parler de ces micro-événements, de garder une mémoire.  Je suis ensuite partie doucement vers d’autres aventures. Depuis peu, j’y reviens, avec un nouveau regard, plus riche, plus distant aussi et me remémore, me retrouve. Il y a ces espaces palpables entre le moment, le souvenir imprimé dans la mémoire et mon corps aujourd’hui, traversant de nouveau cet espace. Après avoir traversé des espaces à travers le monde, rencontré des cultures et des histoires qui ne m’appartenaient pas, je réalise aujourd’hui l’importance et le besoin de parler à l’aune de ce que je connais, de ce qui me concerne personnellement, ce qui me traverse, qui n’a pas encore été nommé, formulé et contient du mystère. Le son des forêts est donc le début d’une histoire, celle d’un long chemin que je mène pour parler de la forêt du Morvan, des histoires et fictions qu’elles contient, sa valeur matérielle, patrimoniale et affective, tout ce dont elle est chargée et qui peut à tout moment disparaître avec elle. Cette histoire continuera telle la forêt, dont l’évolution est perpétuelle.
La photographie sert ici à explorer un lien intime entre la poétique de l’Homme et la nature, la forêt dans laquelle il grandit.